Quelles sont les problématiques d'achats dans le domaine de la plasturgie ?

fonction achat plasturgie

Le contexte inflationniste du prix des matières premières et la raréfaction de certaines d’entre elles doivent pousser les transformateurs à imaginer des solutions innovantes. Travailler en mode réseau, se regrouper, avoir des relations plus équilibrées avec leurs clients, être force de proposition… : ça paraît simple en première lecture mais au quotidien subsiste de nombreux points bloquants. Avant d’aborder les problématiques achats de terrain qui feront l’objet du prochain article, passons en revue le cadre général.

En 1er lieu, la non-professionnalisation de la fonction achat est un facteur pénalisant. Ceci concerne toutes les entreprises françaises quelque soit leur secteur d’activité. Habituellement, dès qu’une entreprise atteint une taille critique qui le justifie, souvent passé le cap des 50 personnes, elle se structure avec un service achat.

Or plus de 50% des entreprises de la filière reste en dessous de ce seuil, alors que ce besoin de professionnalisation reste le même, bien que les volumes d’achat, levier essentiel pour mener une négociation efficace, demeurent faibles.

Fonctionner en mode réseau

Les clubs achats, les clubs d’entreprises sur un territoire, les groupements d’achats sont autant de solutions qui favorisent le travail en réseau et qui facilitent les échanges.

Mais trop peu d’entreprises sont réellement actives de la sorte. Le meilleur exemple est le nombre de groupements d’achats en France. On en dénombre 2 ou 3 regroupant en totalité quelques dizaines d’industriels alors que le monde de la plasturgie compte plus de 3000 acteurs. Il est vrai que le mode de fonctionnement dans l’écosystème « plasturgie » n’est pas forcément propice au développement de synergies.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, je vais vous en dire 2 mots. Pour fabriquer une pièce plastique en injection par exemple (technologie majoritaire), il faut un moule.

Hormis quelques exceptions, ce moule appartient à un donneur d’ordres (DO). Une fois fabriqué, il confie en sous-traitance ce moule à un transformateur qui va « mouler » la pièce et la lui livrer. Ce DO a souvent un regard sur la décomposition des prix (parts matière, main d’œuvre et fabrication). Lorsqu’il estime pouvoir améliorer ses conditions d’achats ou la performance de son fournisseur, il consulte auprès d’un certain nombre d’autres industriels. Ainsi, il peut changer de fournisseur déplaçant son moule d’un transformateur à un autre.

Ce mécanisme est courant. Du coup, les transformateurs sont confrontés à une concurrence effrénée. Ce contexte favorise donc peu la dynamique de réseau entre transformateurs. J’entends même régulièrement cette expression de la bouche des dirigeants : « vivons cachés, vivons heureux ! ».

Dans ce contexte, échanger sur ses prix d’achats, ses bons coups, ses données d’approvisionnements n’est pas chose aisée.

Regardons du côté des donneurs d’ordre (DO)

En phase de développement d’un produit, le service R&D mentionne souvent sur le plan de la pièce une unique référence matière. Certes les producteurs de matières plastiques ont bien fait leur travail. Mais quid de l’absence de diversification qui entrave fortement la liberté d’action des futurs consommateurs !

Les transformateurs qui vont hériter du moule seront contraints ensuite d’acheter une seule référence matière. Lors de leurs phases de sourcing, le choix est réduit. En situation de pénurie ou de hausses des prix, ils sont piégés. En situation de pénurie, leur client ne peut être livré entraînant parfois des arrêts de chaîne (arrêt d’une ligne de fabrication). Les acheteurs mettent du coup la pression sur leur fournisseur avec des risques de pénalités. Un DO qui impose une unique référence matière sur un plan de sa pièce et qui se retrouve en situation de pénurie devrait assumer à 100% les conséquences de son choix.

Nous préconisons pour le développement d’un produit, l’homologation de 3 références dont l’une provenant d’un compounder (un fabricant de matières plastiques qui achète de la résine de base à des producteurs et qui formule sa propre matière).

Rapport de force inégal entre producteurs-distributeurs et transformateurs

Les ¾ des entreprises françaises sont des TPE-PME de moins de 30 personnes, avec peu de fonction achats, un réseau réduit et une force commerciale face à des acheteurs expérimentés qui mènent la danse.

Face à eux, les producteurs de matières plastiques sont des mastodontes de taille internationale. Sans l’aide des donneurs d’ordres ou sans groupements d’achats (massification des achats), les négociations sont quasiment impossibles. Alors que dire en situation d’augmentation unilatérale des prix et une impossibilité de répercuter les hausses aux clients et les minimums de commandes équivalent à une année de consommation voire plus.

Au prochain article, nous traiterons des difficultés d’approvisionnement que vivent au quotidien les industriels.

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